Fondation Artists-Way

"un original pour chacun"

A painter is lost when he finds himself.  Max Ernst

 

La peinture est un acte taciturne. Il s’agit pour moi d’exprimer des conflits intérieurs et non pas d’interroger les illusions du réel ou l’évolution de la société. Lyrique, mon travail voudrait tenter d’exorciser des fantômes d’antan, des souvenirs enfouis afin de leur redonner vie par la vibration de la couleur selon des touches grasses et violentes.

 

Peindre, c’est lutter avec les traces du dessin contre les étendues brutales de la couleur, c’est dessiner à même la peinture pour lui conférer nervosité et rapidité. Le sujet lui-même n’importe guère. Griffer, tracer, crever, étaler, mélanger, lancer, gommer, biffer, farder, voiler, souiller, travestir, peindre au doigt, au couteau, expriment la violence non maîtrisée de ce corps à corps.

 

L’extrême attention à l’observation, le sens de la composition, la juxtaposition des couleurs complémentaires, le dessin par la couleur, la couleur comme excitation, l’éruption de moi-même, le vague ou la précision, la maladresse voulue ou la délicatesse du toucher de pinceau sur la toile, voilà en vrac mes outils de travail.

 

Erotomane par la couleur, satiriste par le dessin, je cherche confusément une excitation «démente» qui délivre des pesanteurs intérieures car le bonheur de peindre entretient une profonde complicité avec une forme fulgurante de «folie positive», d’excès qui permet des rencontres au tréfonds de soi-même.

 

Des admirations inconditionnelles pour moi comme, par exemple, Hals, Rembrandt, Goya, Manet, Zorn, Sargent, Munch, Kirchner, Boldini, Sorolla, Lebasque, Manguin ou encore Soutine et Auerbach montrent, toutes proportions gardées bien-sûr, mes directions.

 

Quant à moi, souvent aux antipodes de certaines tendances dites de l’art contemporain, j’en reste au pinceau, au tube de couleur et au fusain, expressions de la main sur la toile, expressions d’émotions centrales à donner à l’autre, à celui qui me fera l’honneur de regarder mon travail. En somme et surtout je fais passionnément confiance à la peinture, à celle qui ouvre et délivre.

 

Philippe Thélin, 2015